Le Médicament- Sénouvo Agbota Zinsou.


Dans un conte, comme dans toute histoire de vie, le meilleur est toujours pour la fin. Réalité ou dicton? Nul ne saurait dire.
Dans notre conte d’Afrique, la fin suggère une analyse de la décennie actuelle et le nom du chapitre est >Le Médicament, œuvre épique de l’écrivain conteur togolais Sénouvo Agbota Zinsou.

Au sein de cette décennie, un mot revient, cours dans toutes les langues: “immigration”. Dire qu’immigrer est un acte facile est une gageure.

Le Médicament

Le Médicament

Le dicton dit bien qu’on n’est jamais mieux que chez soi. Lorsque ce « chez soi » devient invivable, lorsque ce « chez soi » devient contraire à nos aspirations, une seule solution : partir, et quelque fois, partir à tout prix. Les chemins qui mènent ailleurs sont nombreux : lisses comme un « visa long séjour » en bonne et due forme, sinueux comme un « visa touriste » et incertains comme l’entrée totalement clandestine.

Tout comme les moyens, les motivations sont changeantes. Pour certains, des études de grand standing, pour d’autres une vie meilleure, et pour quelques uns, une dernière chance. Pour tous, un seul guide : le souvenir et parfois la nostalgie.

Au bout du voyage, nombreux sont ceux qui s’abandonneront à l’errance éternelle. Malgré les difficultés, le climat, ils restent. Pourquoi ? Peut-être par amour, peut-être par dépit ou tout simplement parce que c’est comme ça.

Le Roman

  • Un lieu: le centre d’asile de Bayerotte (Allemagne).
  • Deux jeunes filles (pas si jeunes, en fait): Justine et Clara.
  • Deux pays: Rwanda et Dugan (très probablement le Togo).
  • Des histoires, des personnes.
  • Une narratrice: Justine.
  • Des ombres: Mama Goalier, La citoyenne, Dr Fofana.
  • Des peurs, des passions, déchaînées.
  • La vie côtoie la mort, le bonheur côtoie le malheur.
  • Donner une trame, une suite logique, un ordre réel à ce livre, c’est le dénaturer.
  • Le flou est voulu, cultivé, préservé.

Mon Point De Vue

Au collège, j’ai eu des professeurs qui n’ont eu  cesse de nous inculquer “l’art de la rédaction.” Un principe clef de cet art suggérait, qu’à un paragraphe, ne pouvait être associée qu’une seule idée. Si ce principe s’étend à l’art plus vaste de l’écriture littéraire, à un chapitre correspondrait une idée maitresse dans un roman. Ici, nulle logique, nulle structure. Tel est un journal intime qui rapporte avec puissance,sans retenue aucune les milles et une pensées de son auteur(la chère Justine), ce livre nous emporte. Face au tourbillon, seuls DEUX choix.  Un, jeter ce livre jugé insipide aux oubliettes. Deux, vous ne pouvez plus vous passer de cette merveille qui nous avale tant qu’on n’en connait pas la fin.

LAMPEDUSA nous l’a rappelé avec force. Quand on entend parler d’immigration (notamment clandestine), on résume souvent l’exil au choix de la facilité (du moins cela a été mon cas…). On se met souvent sur notre perchoir pour affirmer que ces immigrés n’ont aucune décence car ils ont de fait accepté le mépris de l’ Occident souvent associé à leur statut.

Lire le Médicament, c’est comprendre, c’est accepter, c’est compatir. Ce livre nous rappelle que la vie est un don précieux parfois violemment menacé sous notre terre d’Afrique. Ce livre nous rappelle que chacun fait ses choix et est libre de les assumer. Ce livre nous rappelle que l’exil est toujours accompagné d’un fardeau: le souvenir des êtres chers disparus quand ceux ne sont carrément pas leurs ombres qui nous poursuivent. Ce livre plein d’humanité nous parle de l’exil dans toute sa complexité (le deuil, l’amour interracial, le suicide, le racisme) et sa beauté vient de ce qu’il arrive à dé-complexifier tout cela. Il nous invite à plus d’empathie et de lucidité.

Son titre résume à lui tout seul toute la magie et l’originalité de cette oeuvre. En effet, quel est donc ce médicament dont la consommation suggère faim, souffrance, misère, pleurs? Ces effets secondaires d’une rare violence pourrait suggérer les effets ravageurs de la chimiothérapie dans le traitement du cancer. Et pour rappel, elle n’est toujours pas synonyme de guérison. Alors si guérison il doit y avoir, si l’exil est le médicament des maux de la guerre, de la misère, de l’incompréhension, à quel prix doit-on acheter sa rémission? L’auteur nous laisse sur notre faim à cet égard. Aucune lapalissade, aucun théorème, aucune équation ne saurait répondre à cette question. En lisant le Médicament, en le comprenant et en acceptant ses problématiques, nous serons simplement devenus des personnes meilleures, nous aurons appris la tolérance!

Notes sur l’Auteur

Auteur talentueux. Il est togolais. Il n’est pas seulement écrivain mais aussi dramaturge. La tortue qui chante, ça vous dit quelque chose? C’est lui.

Alors connaissiez- vous cet auteur, l’article vous donne t-il envie de le lire? Vos commentaires sont les bienvenus.

XoXo,

AKS♥

6 responses to “Le Médicament- Sénouvo Agbota Zinsou.

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  5. Dans le meme theme, il y a Eldorado de Laurent Gaude qui est une pure merveille. Le type, comme toujours, raconte avec un tel niveau de sensibilite qu’on finit par croire que cela est du vecu. Eldorado parle, en a peine 200 pages de delice, de destins croises qui permettent de se mettre dans la place de tout le monde et de comprendre ce qui pousse chacun des acteurs a l’immigration clandestine a poser les actes qu’ils posent. Et on se rend compte au fil du livre qu’il n’y a pas de gentils et de mechants. Il n’y a que des hommes; qui posent parfois les bons gestes pour les mauvaises raisons et les mauvaises actions pour les bonnes raisons.

    Salvatore est depuis 20ans le capitaine d’un navire charger de surveiller les cotes italiennes et reperer les embarcations d’immigres clandestins, le gardien de la “citadelle Europe” donc avec tout ce que cela inclus. Le hasard lui fait rencontrer une rescapee qu’il avait sauvée, quelques années auparavant qui ne vit aujourd’hui que dans le but de retourner au proche-orient et abattre le responsable de la tragedie que fut sa traversee vers l’Europe. Lors d’une énième patrouille qui vire au drame comme souvent, un court échange avec l’un des rescapés déstabilise le capitaine un peu plus dans ses sentiments et le sens de son travail. Au meme moment, deux frères soudanais Soleiman et Jamal font route vers la Libye afin de tenter eux aussi la traversée. Il y a aussi Boubakar, un malien boiteux qui depuis 7 ans, fait obstinement la route vers le Nord. Et puis, il y a le voyage: le Mali, le Soudan, la Libye, le Maroc, Ghardaia, Ceuta, et les barbeles. Dans ce livre, multinational, c’est veritablement l’histoire de l’humanite qui se joue 🙂 Et c’est si joliment ecrit :p

    Sorry mon francais est un peu boiteux. c’est l’effet combiner boite anglosaxonne et pays etrangers

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    • Ton français est parfait ma choupette et puis surtout j’aime ta façon d’écrire, tu es une conteuse née. Recommence ton blog, j’ai hâte de repost. En tout cas, j’ai bien envie de lire l’Eldorado désormais et je te conseille fortement Le Médicament, je sais que tu aimeras!!! Le thème de l’exil en tout cas me semble toujours inspirer de très beaux livres. Les cerfs-volants de Khaboul (que tu dois surement connaitre vu que tu as cité son auteur dans tes préférés) en sont un très bel exemple (bien que l’exil ne soit pas le thème central). Je ferai un post bientôt aussi sur “Le Ventre de l’Atlantique” de Fatou Diome. En tout cas luv ur style et tu es la bienvenue dans cet espace each time u feel like it.

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