Richard Bona, Je t ‘aime


20 Décembre 2013, Douala Bercy, Douala, Cameroun. Il est environ 23h, la salle se vide lentement. Encore assise, j’éprouve le sentiment diffus d’avoir vécu un rêve éveillé. Après deux heures d’une performance inoubliable, Richard BONA et son orchestre ami, Le Mandekan Cubano viennent de quitter la scène. C’est la 2ème fois que je vois l’homme sur scène et une fois de plus, je suis clouée par le génie et le talent à l’état pur qui émanent de lui.

En choisissant de décrire ici CE Monsieur, je faisais face à un dilemme. S’agirait-il d’un portrait académique, sombre résumé de Wikipedia, de la bio sur AllMusic.com ou tout simplement le récit d’une histoire d’amour ? Histoire d’amour entre moi et Mister Bona. Le titre de cet article vous donne mon choix.

Je suis un fan tardif de Richard. En effet, quand je le découvre en 2001, il a déjà deux albums au compteur. A l’époque, jeune lycéenne en France, j’ai souvent le mal du pays. Pour compenser, je suis une abonnée de la « FNAC » et de ses rayons « Musiques du Monde » et « Littérature Afrique ». Convaincue par les recommandations de mes cousins, je découvre « Scenes From My Life » et « Reverence ». Le premier encore plus que le deuxième, devient un élément essentiel de ma bibliothèque musicale. En lui, j’ai le sentiment d’avoir trouvé la musique qui me sied : Un mélange de rythmes « Soul » accompagnés de nos balafons, des paroles en Douala, cette langue intensément poétique et complètement africaine. A cette période, je ne me contente pas d’écouter la musique, je relis les paroles et leur traduction, et je les apprends comme ces récitations de l’école primaire « par cœur ».

Pour la jeune fille que j’étais ; la nostalgie était forte, la sécheresse de la vie occidentale semblait insurmontable. Grâce à Richard Bona, j’avais la sensation le temps de l’écoute, d’avoir été transportée dans la cuisine de ma grand-mère en pays BASSA, dans ce havre de paix et de tendresse.

Cet effet apaisant sera encore plus critique en 2003, année où je perds mon tuteur en France dans des circonstances brutales. Après l’enterrement, de retour en France, seule dans ma chambre d’internat et parfois engloutie par la douleur, Richard Bona et sa musique ont su faire office de compagnons d’infortune. « Eyala », hymne angélique ou encore « Kalabancoro », ballade rythmée et joyeuse, demeurent encore aujourd’hui des sources immédiates d’apaisement et d’inspiration en période de peine ou d’incertitude.

C’est ainsi que je suis tombée amoureuse de la musique signée Richard Bona. La sortie d’un nouvel album est désormais révérée comme la découverte du Saint Graal. Bona est un magicien du rythme capable de revisiter tous les genres en passant par le makossa, le blues, le mbalax ou la pop music. Son talent de bassiste est un symbole de réussite de toutes ses œuvres. Après huit albums, on en demande encore et on a de cesse de s’étonner qu’il arrive toujours à nous surprendre.

Au regard des deux prestations auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister et au regard de sa vie, c’est aussi l’homme que j’admire! Simple, blagueur, généreux, il est une profonde source d’inspiration. Il vit aux États-Unis mais demeure profondément attaché à sa terre camerounaise qu’il visite chaque année. Dans ses spectacles au Cameroun, il exige une sonorisation irréprochable, nous apportant ainsi une qualité de son et d’expérience qui n’a rien à envier aux plus grandes scènes internationales.

J’écris cette article en l’écoutant et je suis encore étonnée de constater l’effet qu’il me fait : un sentiment de paix, de passion, de fierté et surtout d’amour. Amour pour cette belle musique qui me parle alors même que je ne comprends pas sa langue, amour pour ce personnage qui a hissé la qualité en pré-requis, amour pour mon pays et mon Afrique qui ont vu naître de si grands talents.

Je prends garde à ne pas être longue car vous parler de ce surdoué de la musique s’apparente à écrire un roman interminable. Dans son sillage, de nombreux autres Camerounais émergent. On pourrait citer Etienne MBAPPE, Charlotte DIPANDA, Sandrine NKAKE ou encore Kaïssa NDOUMBE. Ils représentent cette nouvelle Afrique, cosmopolite, fière, brillante et unique.

Cette Afrique est présente dans la musique, la mode ou encore le cinéma et l’art en général. Richard BONA en est un vrai symbole ! Pour ceux qui ne l’ont pas encore découvert, il est grand temps de vous y mettre. Commencez par la fin « BONAFIED », dernier joyau en date de la couronne BONA !/-

Vos chansons préférées, votre expérience avec Richard Bona, vos commentaires sont naturellement attendus.

XoXo,

AKS♥

Pour plus d’infos

Un Cadeau : l’expérience du 20 Décembre 2013 à Douala- Bercy

17 responses to “Richard Bona, Je t ‘aime

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    • merci DB. N’hésite pas à faire le tour du blog, à laisser d’autres commentaires et nous “follow” pour rester connectée avec nous. Nous t’accueillons avec plaisir.

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  4. ce virtuose mérite qu’une anthologie d’hommages lui soit consacrée.. chacun selon ses sensibilités!!!! au delà de l’effet puissant de ses sonorités, la profondeur de ses textes (qu’heureusement je comprends) puise dans les racines de la sagesse africaine, ses douleurs, ses désolations, ses espoirs, c’est un artiste dont le moindre qualificatif à ajouter à la suite de ce mot ne saurait suffisamment décrire!!!!! et le Cameroun peut en être fier!!!!!!

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  5. So nicely written ! I loved it.

    Anne,

    J’achète cash ton hommage à Richard Bona. Tu es amoureuse de lui. Moi aussi. Et beaucoup d’autres sans doute dans le monde.

    En espérant ne pas répéter ton propos, je lui déclarerai ma flamme en ces termes :

    Bona est devenu l’une des icônes majeures de la fin du 20è siècle et du début du 21è. Il se distingue par l’originalité de sa démarche. Il repousse les limites de la musique. Il fusionne les musiques pour en créer une nouvelle, qui échappe aux catégories, mais touche par son caractère unique et attractif. Bona est aussi un musicien conceptuel. Il nous fait découvrir des insolites, ouvre un espace de liberté et d’inventivité transcendant les frontières entre musiques de tous les horizons. Professionnel jusqu’au bout des ongles, il allie rigueur et densité émotionnelle. Se voulant poète ou conteur, il accorde autant d’importance aux paroles qu’à la musique.

    Ce fou de la musique détonne par son éclectisme et sa pluridisciplinarité. Bassiste virtuose et hors norme, mais aussi guitariste, percussionniste, et que sais-je encore. Compositeur, arrangeur, chanteur, choriste. A l’aise aussi bien avec le jazz, le jazz-rock, l’africain, le brésilien, l’afro-cubain, l’indien, le slave. Sur scène, à la fois musicien, chanteur, chef d’orchestre, présentateur. Toujours sur scène, une virtuosité qui ne souffre aucunement d’un jeu qu’il exécute sans stress, relâché, souriant, blaguant, là où d’autres bassistes, hyper-talentueux comme lui, restent extrêmement concentrés, les yeux bien souvent rivés sur le manche de leur instrument.

    Pour qualifier l’importance de Richard Bona dans l’univers du Jazz Rock et plus généralement de la musique, je citerai ces propos de Herbie Hancock qui, savourant une chanson de Bona, dit en substance « Je ne comprends rien à ce qu’il dit, mais ce dont je suis sûr c’est que c’est cette langue qu’il fallait pour cette chanson et pour dire ce qu’il avait à dire ! »

    Ah ! la langue. Cette belle langue douala en l’occurrence. Cet autre atout majeur dont Bona ne saurait se départir, convaincu qu’il est que l’on ne peut communiquer à la perfection que dans sa propre langue. Pour lui, la musicalité de la langue douala tient autant aux sons prononcés par le chanteur, qu’à la musique que celui-ci découvre cachée derrière les mots.

    Bref, Bona est un musicien clé dans l’histoire de la guitare basse camerounaise et de la basse tout court. Il l’est aussi dans l’histoire de la musique. Il contribue – avec d’autres géants camerounais et non-camerounais de la basse – à révolutionner l’approche de cet instrument par l’inventivité, le sens du groove, l’exploration de toutes les ressources de l’instrument (rythmiques, mélodiques, harmoniques, etc.). Avec, chez lui, cette capacité à ajouter à la pure technicité des lignes de basse moins abstraites et déroulées logiquement, qu’il doit sûrement à ses talents de chanteur et de compositeur.

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    • Waoouuhhh Tonton, tu devrais tout autant écrire plus souvent. Merci pour LUI et merci pour moi.
      Ton commentaire est un vrai plaisir car il rend profondément vivant l’objet de ce blog: créer la rencontre, susciter la discussion, la découverte.
      Merci encore.

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      • Tu as raison, je devrais, çà nous enrichit tous. Bravo pour ton article, bravo pour ton blog, bravo pour ton esprit d’initiative.

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      • Merci encore. L’aventure ne fait que commencer. Merci pour le soutien et n’hésite pas à Follow Le blog pour recevoir directement dans ta boite mail les derniers posts. Il y a aussi une page facebook associée “La Bibliothèque Qui Ne Brûle Pas” qu je t’invite à like. Merci encore.

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