Trois Prétendants, Un Mari- Guillaume Oyono Mbia


Pour ceux qui me connaissent personellement, je suis une grande rigolote mais aussi une grande passionée. L’humour et la bonne humeur sont au coeur de ma vie, de même que l’engagement pour les causes qui me tiennent à coeur . L’oeuvre que j’évoquerai aujourd’hui en est un fidèle exemple. ” Trois Prétendants, Un Mari” est une pièce de théâtre, courte, drôle mais pourtant très profonde, publiée en 1960, oeuvre de Guillaume Oyono Mbia, classique scolaire de la littérature  camerounaise.

En Cinq actes, Mr. Oyono présente la comédie du mariage de Juliette. Jeune lycéenne originaire de Mvoutessi, elle rentre de ses congés pour constater que son père Abessolo a décidé de la marier. Deux prétendants sérieux dans la course ( l’agriculteur prospère  et le fonctionnaire nanti) et un outsider le jeune lycéen dont elle est éprise.
Sous l’air de la facétie, l’auteur se fait l’avocat défenseur de toutes les jeunes filles mariées de force. L’ avis de la jeune fille, de même que celui des femmes de la famille ne comptent pas dans le choix. La transaction est avant tout financière et la révolte de la jeune Juliette fait figure de première et d’outrage: outrage aux aînés, outrage à la tradition, outrage à la hiérarchie sociale établie (pourquoi vouloir un pauvre lycéen au lieu d’un fonctionnaire nanti).

Cette oeuvre m’est tout particulièrement chère car j’ai eu le plaisir de la jouer au collège dans le cours d’art dramatique (je n’étais pas Juliette, juste une de ses tantes attachantes “Matalina”). C’est aussi une oeuvre littéraire qui a marqué mon enfance et mes positions de femme. En effet, quel supplice plus grand pour une jeune demoiselle que celui d’être vendue par sa famille tel un boeuf. Quel supplice plus grand pour une jeune demoiselle que celui de devoir arrêter ses études très tôt pour embrasser la vie d’épouse et de mère.

Cinquante- quatre ans après sa publication, de même que la publication d’une oeuvre tout aussi forte revue ici (Perpétue de Mongo Beti), le constat est bien triste. Les femmes de par le monde demeurent des monnaies d’échange de grand prix. En Afrique en particulier, le phénomène est si usuel que des terroristes n’hésitent pas à l’utiliser comme arme de chantage (#bringbackourgirls).

Au risque de jouer à la féministe de bas étage, je m’insurge violemment contre ces pratiques. Beaucoup de femmes aspirent à la maternité et au mariage mais cela n’a toute sa valeur que lorsque c’est une décision voulue et acceptée. Accélerer, forcer, c’est déshonorer l’institution du mariage et c’est réduire la maternité à l’enfantement.

De même, la dot n’a jamais été envisagée par nos ancêtres comme une source de bénéfice. Au contraire, il s’est toujours agi d’un échange symbolique qui était censé matérialiser la douleur de la perte d’une fille, d’un membre de la famille. En effet, la jeune femme qui se mariait disait définitivement aurevoir à sa famille pour adopter une nouvelle famille, celle de son époux. Les pratiques actuelles extrêmement vénales ne représentent qu’un simulacre de tradition.

Parler de “Trois Prétendants Un Mari” c’était donc saisir une opportunité de m’insurger contre le marchandage de la femme en cette période où nos coeurs sont tournés vers le Nigeria et vers les 200 filles retenues par Boko Haram.

C’était aussi l’occasion de célébrer un classique de la littérature camerounaise, une pièce de théâtre rafraichissante et un livre qui devra absolument faire partie de votre bibliothèque. Qu’en pensez-vous?

XoXo

AKS♥

13 responses to “Trois Prétendants, Un Mari- Guillaume Oyono Mbia

  1. Pingback: L’éducation prend l’eau – La Case D'Anna·

  2. Lycéen, j’ai eu à jouer le rôle de N’di, le jeune paysan éconduit par Juliette. C’était en 1975 ! Vous n’étiez peut-être pas née, Anna. Ce fut un énorme succès !

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  3. Merci pour ce post pétillant qui m’a appris quelque chose! J’ai commenté moi-même un cas de (presque) mariage forcé, qui s’est passé au Pakistan, dans mulieres.net: “Oublie les Milles et une nuits”.

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    • Commentaire très agréable. La chance c’est que dans cette pièce de théâtre échappe au mariage force mais chut je ne veux pas trahir la fin. C’est avec plaisir que je lirai ton article car de manière générale, la pratique du mariage force demeure un vraie fléau subi par les femmes partout dans le monde.

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  4. Moi j’ai une camarade qui cite des expressions tirées de cette oeuvre tout le temps tellement ça l’a marquée. En passant “Coucou :)”

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